Des ennuis au travail: chronique du lecteur

 

Travailler avec les malhonnêtes

Question:

J'ai 42 ans et mon mari et moi n’avons pas d’enfant. J’ai travaillé en tant que professionnelle en Ressources humaines depuis 18 années. J’ai été promue à un poste exécutif en Ressources humaines il y a maintenant quatre ans. Je crois que mon équipe fait du bon travail et mes clients sont également très satisfaits de nos résultats. Mon patron m’a promue trois fois au cours des six dernières années. Je n’ai aucune raison de douter de sa confiance en moi.

Il y a deux ans, contre mon meilleur jugement, j’ai embauché un conseiller en Ressources humaines. Appelons-le Nic aux fins de ce courriel.  Tout était bon sur le papier, le dossier de Nic me semblait parfait. De plus l’entrevue était plus que satisfaisante. Aujourd’hui je sais que je me suis sentie pressée par le temps : j’avais embauché Nic parce qu'il n’y avait pas d’autre candidat disponible et par conséquent je me suis convaincue qu’il ferait l’affaire. Je devais trouver quelqu’un pour remplir ce poste. J’étais enthousiaste au sujet de Nic. Depuis ce temps, Nic a également été promu à un poste exécutif devenant de fait, un collègue. Je dois admettre qu’il atteint ses objectifs, il est résolu et très organisé. Il n’y a aucun doute à ce sujet. Il est efficace et respecté par ses clients.

Mon problème avec Nic est simple : il ment, il invente et il crée des conflits entre les gens. De plus il est capable de détruire le travail de ses collègues avec beaucoup de facilité. Cela est étonnant et inquiétant. Il m’attaque auprès de mon patron se plaignant de mon manque de coopération. Il critique notre patron dans son dos et il attaque lorsque quelqu’un ose le confronter. Je suis sûr que Nic tente de faire tout dans son pouvoir pour me discréditer ou me faire congédier.  Ma méfiance envers Nic me rend la vie difficile au travail. Je ne peux pas lui faire confiance. Ironiquement mon patron veut que je travaille avec lui plus étroitement et que je fasse des efforts pour m’entendre. Ce qui semble incroyable à mes yeux, c’est que soit que mon patron ne voie rien, soit qu’il s’en rende compte et l’accepte.

Je n’en suis pas à mon premier emploi. J’aime beaucoup mon travail malgré la présence de Nic. Les défis, les collègues et les conditions de travail sont sans égal. Le travail est fascinant, mes clients sont extraordinaires, les objectifs sont uniques et le salaire est très compétitif. Je ne veux pas quitter mon emploi.

Je pense que j’ai tout essayé sauf prétendre que Nic est une personne honnête et que je lui fais confiance. Je ne sais pas comment faire cela ! Un consultant a fait l’hypothèse que je devais faire quelque chose pour provoquer de tels comportements chez Nic, que Nic ne pouvait pas être responsable de tous les torts du monde! Après mure réflexion, je ne peux accepter cette analyse. Comme vous le dites dans votre article « Un conte sur l’intégrité » sur votre site, nous devons parfois travailler avec des personnes tordues et malhonnêtes, elles existent !

Je suis convaincue que je fais bien d’être méfiante. Nic est vraiment dangereux. Mon patron s’attend à ce que je fasse plus d’efforts pour m’entendre avec Nic. Qu’est-ce que je devrais faire ?

CDX

Response:

Cher CDX,

En bref,
D’une part vos réactions au sujet de Nic sont absolument normales et valables. On se doit d’être prudent avec de telles personnes. D’autre part, si vous avez en effet raison au sujet du manque d'intégrité de Nic, votre manque de coopération avec lui peut être interprété comme votre incapacité à régler des situations difficiles et complexes.

Une réponse en trois parties :

Partie 1. La capacité de gérer les situations difficiles est une compétence prisée par les employeurs

Si vous ne pouvez pas gérer l’ambiguïté, régler les problèmes ou neutraliser les drames humains autour de vous, votre valeur pour l’entreprise en est diminuée d’autant. Ce que je veux dire est plutôt simple quoique difficile à réaliser : apprenez à travailler avec les personnes désagréables, apathiques, malveillantes ou sans scrupules. Faites-le mais mettez-y vos propres conditions. Il est essentiel que vous soyez très vigilante et très délibérée. Soyez présente, soyez visible et active, rappelez-vous à eux tous les jours. Si vous ne pouvez pas aider quand les choses deviennent difficiles, alors vous ne méritez pas votre poste.

Partie 2. La fuite est une solution de rechange.

Vous pourriez être tentée de croire qu’il y a sûrement une autre entreprise où vous pourriez trouver le bonheur et la sérénité sans avoir à faire avec des personnes comme Nic. Si vous y croyez vraiment, alors vous trouverez un travail exempt de Nics. Il y a beaucoup de lieux de travail qui ont développé, avec le temps, un bon environnement où les Nics ne sont pas bienvenus. Mais même dans ces environnements, vous croiserez, de temps en temps, des Nics qui, durant leur passage, sèmeront la zizanie et créeront des problèmes.

C’est une solution possible que de quitter votre organisation pour une autre dans l’espoir de trouver un meilleur environnement de travail, mais ce n’est pas celle que je favorise.

Partie 3. Composer avec les Nics.

Composer avec les Nics implique que vous le faites en utilisant vos forces, votre expertise et vos valeurs. Comme je le dis dans mon article, la seule vraie protection contre les personnes malhonnêtes, c’est de les confronter avec la vérité au quotidien et de maintenir des comportements qui renforcent ces vérités. Des adultes lorsque confrontés à des personnes peu fiables et malhonnêtes, doivent utiliser leurs propres forces incluant l'intelligence, la compétence, le professionnalisme, la clarté, la sincérité et le courage . Il faut résister à la tentation de devenir une victime, incapable d’être en présence de Nic! En ce qui me concerne, ceci n’est définitivement pas un choix acceptable : les adultes ont à vivre avec toutes sortes de gens, parfois c’est l’échec mais s’ils persévèrent, ils vont y arriver. Ce n’est pas sorcier : il faut y travailler, avoir confiance en soi et faire preuve de courage.

Un mot final:

J’ajouterais que vous avez tort de croire que votre patron ne se rend pas compte de ce qui se passe. Selon mon expérience, je peux vous assurer qu’une grande majorité de patrons sont très au fait des comportements indésirables ou du manque d’intégrité de certains de leurs subordonnés. Les cadres supérieurs ont su développer, au cours de leur carrière, les antennes requises pour se tenir informés. C’est un des talents qui leur a permis de survivre et de réussir.

Quand, par malheur, j’ai eu à superviser moi-même des Nics au cours de ma carrière de cadre, tout le monde me disait que je devais régler la situation. Personne ne comprenait mes réticences. J’ai eu à répéter que ce n’était pas mon problème. Je leur demandais de se prendre en mains et de régler eux-mêmes leurs problèmes. Je ne voulais faire le travail à leur place. Essentiellement, j’avais besoin que mes subordonnés réussissent par eux-mêmes. Je croyais, correctement, que je ne devais pas m’entourer de personnes totalement dépendantes de moi quand elles rencontraient des difficultés. Je voulais qu’elles acceptent les défis et fassent de leur mieux. Je n’ai jamais eu à le regretter et certains de mes anciens employés m’en sont reconnaissants.

AJH Mars 2008